«Je me battrai toujours pour toi»
Séparation
De sa fille, il ne lui reste que le doudou. L’ex-compagne de ce jeune père lui refuse son droit de visite, malgré une décision du Tribunal fédéral.
Cet article est une déclaration d’amour. Celle d’un père à sa fille de 2 ans et demi, qu’il n’a pas revue depuis des mois. De la petite Maya, il ne lui reste qu’un ours en peluche et le souvenir du rire cristallin, dont l’évocation lui tire les larmes: «Les deux heures passées avec ma fille l’an dernier, c’est le plus beau moment de ma vie.» A 29 ans seulement, Stéphane Perez s’accroche déjà au passé pour supporter le présent.
Et pourtant, le jeune Nyonnais a la justice avec lui. Le 10 février dernier, le Tribunal fédéral (TF) rejette un recours de la mère de la fillette qui s’oppose au droit de visite de Stéphane, qu’elle a quitté sans un mot d’explication, emmenant la petite. Mais même à la plus haute instance juridique du pays, la maman ne se soumet pas. Au Point de rencontre, où Stéphane, sous la surveillance du Service de protection des mineur(e)s du canton de Genève (SPMi), attend sa fille, personne ne vient jamais. Chaque semaine, le jeune homme doit repartir avec, pour seule consolation, le souvenir du rire de Maya.
«Le paradoxe de cette affaire, c’est que nous avons gagné mais qu’il n’existe pas de «peine menace» pour faire appliquer la décision, explique Patricia Michellod, avocate de Stéphane Perez. Puisque la mère n’obtempère pas, le SPMi aurait dû demander le retrait de son droit de garde. Il ne l’a pas fait, c’est donc nous qui avons saisi le tribunal.»
Mais même si Stéphane Perez remporte ce nouveau combat judiciaire, il perdra celui que lui livre le temps. «Au fil des mois, les pères perdent le lien avec leur enfant et la confiance en eux, déplore Julien Dura, porte-parole du Mouvement de la condition paternelle Vaud. Ce cas n’est malheureusement pas isolé. Deux à trois pères lésés nous appellent chaque jour.»Quand, en plus, la mère invoque des soupçons de toxicomanie et accuse son ex de violences, le doute s’instille lentement. Même si le TF écrit: «Concernant la consommation de cannabis par le père et son prétendu caractère violent, il n’existe dans le cas d’espèce aucun indice, et la recourante n’en présente pas non plus.» Qu’importe, l’ex-compagne de Stéphane persiste, réclamant de nouvelles analyses médicales, dont les résultats seront identiques aux précédents. Mais la manœuvre aura pour effet de reculer encore un peu plus le temps des retrouvailles.
Stéphane Perez s’est plié à toutes les demandes. Paie les pensions alimentaires. A tenté le dialogue. S’est plongé dans le cinéma japonais, pays d’origine de son ex, pour tenter d’appréhender des divergences culturelles qui auraient pu la heurter. A aménagé dans son nouvel appartement une chambre pour sa fille, «où je n’ai plus le courage d’entrer». S’accroche à son boulot d’imprimeur, soutenu par son patron. Jure que s’il le faut, il fera la grève de la faim devant les tribunaux. Mais là, tout de suite, il veut dire à Maya: «Papa est là, je me battrai toujours pour toi, il n’y a que toi qui puisses m’arrêter.»
(Le Matin)



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