Da: www.24heures.ch del 20.12.2012
Justice
Par Frédéric Ravussin.
Suspectée d’avoir manipulé ses enfants
Privé par les agissements de son ex-femme du contact de ses enfants de manière quasi totale depuis douze ans, complètement depuis mars 2010, ce Tessinois de 49 ans se dit épuisé, physiquement et psychiquement, par une histoire invraisemblable, qui débute soudainement, un matin du printemps 2001. Le couple vit alors dans les Grisons avec ses deux fils jumeaux de 5 ans et sa fille aînée, âgée de 10 ans.
Malaise persistant
La Vaudoise accuse son mari de viols répétés à son encontre et d’actes d’ordre sexuel sur leurs trois enfants, qu’elle fait rapatrier chez ses parents. Elle les rejoint quelques mois plus tard et procède à un efficace lavage de cerveau. Mardi, devant la Cour nord-vaudoise, les trois jeunes gens (ils ont aujourd’hui 16 et 21 ans) avaient pris fait et cause pour leur mère. Et ce quand bien même leur père a été totalement absous des faits gravissimes dont il était soupçonné, en 2002 et en 2003.
De fait, les enfants n’ont pas du tout résolu le malaise profond qui les oppose à leur papa. Même s’ils ont accepté la main qu’il leur a tendue au sortir de l’audience, en leur souhaitant un bon Noël. «Ma porte leur est toujours ouverte et je n’ai aucun reproche à leur formuler car, comme moi, ce sont des victimes.»
Irresponsabilité pénale
«Pour moi, ils ont totalement perdu le sens de la réalité et ont intégré le discours de leur mère, qu’ils prennent pour vérité absolue», souligne Me Angelo Ruggiero, avocat du père. Les paroles bouleversantes de ce dernier en attestent: «Aujourd’hui, mes trois enfants ne me regardent plus dans les yeux, ne m’adressent plus la parole. Ma fille a même choisi de changer son nom de famille et on m’a retourné les cadeaux de Noël que je leur avais envoyés.»
Quoi qu’il en soit, le mal qu’on lui a fait ne sera jamais réparé, estime son avocat. En agissant de la sorte, cette mère de famille a gravement compromis le développement de ses enfants. C’est ce qui ressort du rapport du juge d’instruction en cours d’enquête. Et en ce sens, sa culpabilité paraît lourde. Dans son réquisitoire, le procureur Maire n’a pas manqué de le souligner: «Nous nous trouvons dans un cas extrême d’aliénation parentale pour lequel j’aurais requis une peine exemplaire, pas au-dessous de 2 ans.» Le conditionnel est toutefois de rigueur.
La prévenue a beau mener une vie normale – elle est remariée, vit avec ses deux fils et est au bénéfice d’un travail stable depuis plusieurs années –, un rapport corédigé par deux médecins psychiatres a en effet conclu que le trouble délirant et le trouble de la personnalité dont elle souffre aujourd’hui encore diminuent totalement sa responsabilité pénale. Le parquet n’a dès lors pu que demander qu’elle soit astreinte à un traitement ambulatoire. Une décision presque logique aux yeux de l’avocat des trois enfants, Me Stauffacher. «Il faut bien reconnaître que, dans cette affaire, il y a beaucoup de victimes et personne à condamner.»
Des regrets et des larmes
La plaidoirie de Me Stauffacher ouvrait tout grand la porte à l’avocate de l’accusée, Me Mireille Loroch, qui précisait que l’expertise psychiatrique permettait de sortir cette triste histoire de la vision manichéenne qu’elle pouvait engendrer. Quasi impassible jusque-là, la prévenue a revu en toute fin d’audience la position qui avait été la sienne jusque-là à l’égard de son mari. Le visage rougi par la tristesse, l’émotion et les larmes, elle a regretté le mal qu’elle aurait fait et a invité ses enfants à lui en parler s’ils en éprouvaient le besoin.
Verdict en fin de semaine. (24 heures)

Commenti